La Colombie-Britannique ne pourra pas empêcher un nouveau pipeline sur son territoire

La promesse du premier ministre Mark Carney d’obtenir le consentement de la Colombie-Britannique pour passer un oléoduc sur son territoire est absente du protocole d’entente qu’il a signé jeudi avec la première ministre de l’Alberta.
« Il devra y avoir des bénéfices économiques substantiels pour les gens de la Colombie-Britannique », s’est contenté de répondre M. Carney, lors d’un court point de presse jeudi.
Des hauts fonctionnaires ont précisé au Devoir lors d’un breffage technique que la « collaboration » de la Colombie-Britannique sera requise, mais que la province ne dispose pas de veto lui permettant d’empêcher le transport de bitume supplémentaire vers l’océan Pacifique.
Tout au plus, les gouvernements fédéral et albertain s’engagent à consulter la province de la côte Ouest, avec qui la première ministre albertaine, Danielle Smith, estime qu’une entente est possible sur la base « d’intérêts communs ». Son homologue de Colombie-Britannique, David Eby, a comparé cet automne le projet d’un nouvel oléoduc traversant sa province à une œuvre « de fiction » sans promoteur.
M. Eby devra croire sur parole les promesses de « fédéralisme coopératif » du premier ministre Mark Carney. Ce dernier n’a pas répété jeudi l’engagement, lancé en Chambre mardi, à l’effet que « la Colombie‑Britannique doit donner son accord [pour un pipeline] ».
Le gouvernement Carney a aussi saisi l’occasion de son passage en Alberta pour annoncer l’abandon de son projet de plafond des émissions du secteur du pétrole et du gaz. La ministre fédérale de l’Environnement, Julie Dabrusin, avait pourtant affirmé au Devoir début novembre que « le plafond n’est pas abandonné ».
Un projet pour 2026
L’Alberta affiche clairement ses objectifs : accroître sa production de pétrole, et en exporter davantage en Asie. Ces buts ne sont pas nouveaux, mais sont cette fois justifiés par la « sécurité nationale » dans un « contexte international [qui] a beaucoup changé ».
Un ou plusieurs projets d’oléoducs doivent être proposés par le secteur privé au plus tard le 1er juillet 2026, avec « une copropriété et des avantages économiques pour les peuples autochtones », et capables de déplacer un million de barils de pétrole par jour.
Le tracé exact n’a ainsi pas encore été finalisé et doit être établi dans les prochains mois. Tout projet retenu sera référé au nouveau Bureau des grands projets fédéral, qui se donne un délai maximal de deux ans pour accorder permis et approbations.
« Le Canada confirme qu’il permettra l’exportation du bitume d’un port en eau profonde vers les marchés asiatiques, et, si nécessaire, une modification sera apportée à la Loi sur le moratoire relatif aux pétroliers », peut-on lire dans le document.
Rien de cela n’a rassuré le chef conservateur Pierre Poilievre, qui a tenté sans succès jeudi de soutier au gouvernement un échéancier pour le début des travaux de l’oléoduc promis. Pour sa part, le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, s’est engagé à défendre à Ottawa le droit de la Colombie-Britannique de refuser un oléoduc.
C’est Noël pour l’Alberta
« C’est une vraiment grande journée pour l’Alberta », a pour sa part salué, tout sourire, la première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, depuis Calgary jeudi. Elle a célébré l’obtention de 8 des 9 assouplissements aux règles environnementales qu’elle réclamait d’Ottawa, comme l’abandon du plafond d’émissions.
Le très attendu « protocole d’entente » conclu avec Ottawa suspend par exemple immédiatement pour l’Alberta le règlement sur l’électricité propre en attendant une entente complète sur la tarification du carbone. Ce règlement empêchait la construction de centrales au gaz naturel, selon la première ministre Smith.
Un autre cadeau à la province : son prix industriel du carbone minimal ne surpassera pas les 130 $ la tonne de gaz à effet de serre (GES). Les règles actuelles devaient pourtant fixer la tonne de GES partout au pays à 170 $ la tonne en 2030, après des hausses progressives. Le prix plancher actuel est de 95 $ la tonne, mais est contourné par certains émetteurs albertains.
Les reculs sur les règles environnementales du pays annoncés jeudi contredisent le plan de réduction des GES de 2030, celui que le premier ministre Carney assure vouloir encore respecter. Le premier ministre a aussi récemment réitéré en Chambre son engagement envers l’Accord de Paris en échange du vote d’Elizabeth May, du Parti vert, en faveur de son budget.
En contrepartie, par le « protocole d’entente » révélé jeudi, l’Alberta se contente de répéter qu’elle essaiera de devenir carboneutre dans 25 ans. Elle s’engage aussi à réduire ses émissions de méthane de 75 % par rapport aux niveaux d’émissions de 2014 d’ici l’année 2035. On prévoit des investissements dans la captation et le stockage du carbone, ainsi que dans les centres de données pour l’intelligence artificielle.




