“Des étoiles dans les yeux”: la belle histoire derrière l’affiche de Coupe de France entre les voisins Ecotay-Moingt et Saint-Étienne

Le 8e tour de la Coupe de France propose une belle affiche ce samedi (20h30) entre Ecotay-Moingt, un club de Régional 3 de la Ligue Auvergne/Rhône-Alpes, et son voisin de l’AS Saint-Étienne. Un match organisé à Geoffroy-Guichard devant plus de 25.000 supporters.
La Coupe de France n’a pas encore atteint les 32e de finale qu’elle réserve déjà son lot de petites histoires dans la grande histoire. Celle d’Ecotay-Moingt, un club de Régionale 3 de la Ligue Auvergne/Rhône-Alpes, peut d’ores et déjà s’insérer dans cette rubrique de Dame Coupe. Entrés dans l’épreuve au deuxième tour mi-septembre, les joueurs vont disputer leur septième match ce samedi (20h30) pour le compte du 8e tour. Et pas face à n’importe qui, ni n’importe où. Ce sera en prime time face à l’AS Saint-Étienne, le voisin qui “offre” Geoffroy-Guichard et une exposition TV XXL.
Alors oui, la rumeur se propage à la faveur d’un embargo médiatique pas respecté ; mais l’information, même éventée, marque à jamais les joueurs de ce club, né en 2004 de la fusion d’un village (Ecotay, 1.000 habitants) et d’un quartier de Montbrison, sous-préfecture de la Loire, ce mardi 18 novembre au soir. Anthony Antunes, l’entraîneur adjoint raconte l’arrivée du directeur sportif de l’ASSE : “Quand Loïc Perrin est venu nous annoncer, il y avait de l’émotion pour les joueurs quand on l’annonce de jouer à Geoffroy-Guichard, on a vu des étoiles dans les yeux. La saison a même été difficile à animer, parce qu’ils étaient encore dans cette émotion. En face de nous, on n’avait pas des seniors, on avait des enfants de 8 ans, à qui on a donné le plus beau cadeau qu’ils pouvaient avoir peut-être. C’était top.”
Le match se joue à Geoffroy-Guichard, l’ASSE prend à sa charge
Une décision finale qui trotte dans la tête d’abord des… joueurs, auxquels le tirage avait offert cette possibilité: en effet, la FFF avait décidé de procéder au choix des adversaires, simultanément, pour les 7e et 8e tours, avec pour les deux vainqueurs, la possibilité de cette fête des voisins. “Oui, c’était un fil rouge du tour précédent : entre nous, on se disait que c’était impossible d’aller jouer ailleurs”, révèle le capitaine Benoit Burnon. Il faut ensuite que l’idée infuse aussi les dirigeants au sein du conseil d’administration et du comité directeur. Et là, l’aspect financier joue vite son rôle. “Notre budget annuel est de 150.000 euros et la seule location de Geoffroy-Guichard était de… 160.000 euros”, détaille Nicolas Laveille, le président.
Car le “petit” se devait, selon le règlement, de “recevoir” le “gros” ! D’où cette offrande et ce geste des Verts qui malgré le stade bien rempli de spectateurs ayant payé 10 euros perdront de l’argent. Une forme de pirouette acceptée par tous : le match se jouera à Geoffroy-Guichard, c’est l’ASSE qui prend à sa charge. “On est un club de district, encore en Division 2, il y a deux saisons”, rappelle le dirigeant qui loue l’état d’esprit des hommes forts de l’ASSE. “Depuis 1947, un tel match entre les Verts et un club amateur, ça n’était jamais arrivé: il y avait une opportunité de créer un événement, et ils l’ont vite entendu, et ils ont facilité les choses. Geoffroy-Guichard est un stade mythique. Nous, amateurs, pouvoir jouer dans cette enceinte, c’est exceptionnel.”
“Tout le monde est fan des Verts”
Tout se cale très vite, sitôt la qualification acquise aux forceps à Nord Lozère (4-4, 3-4 tab) avec des réunions techniques et donc cette annonce en ce mardi soir frisquet de l’automne glissant vers l’hiver. Mais le contenu réchauffe tous les joueurs. Anthony Antunes encore: “C’était impensable il y a encore quelques semaines et là on est en train de le vivre donc super moment, un moment de ‘joueur professionnel’. Ce qui est difficile, c’est de pouvoir jongler, c’est le cas je pense de beaucoup de dirigeants du club, avec notre vie, entre notre vie professionnelle et la vie du club actuellement la préparation c’est parfois compliqué, de trier les messages, de trier les appels, de dire celui-là je le prends, celui-là je ne le prends pas mais non, expérience de fou !”
Mais la petite histoire de la grande histoire de la Coupe de France ne s’arrête pas là et s’épaissit encore. Il faut pour cela faire un peu de géographie: une trentaine de kilomètres séparent les deux cités, la préfecture (Saint-Etienne) et l’une de ses sous-préfectures (Montbrison), et son club né d’une fusion. Et donc ? Mais c’est évident ! “Tout le monde est fan des Verts”, explique en chœur tous les acteurs qui voient se poser une cerise sur le gâteau d’une déjà belle épopée puisque la Coupe de France a débuté à la mi-septembre et ce sera le 7e match dans la compétition pour le désormais petit poucet de l’épreuve.
“La boulangère m’a fait un gros câlin pour me féliciter”
Benoit Burnon, le capitaine résume : “Nous avons plein d’images, à imaginer. Je regardais récemment encore une vidéo de Jérémie Janot (ex-gardien de but des Verts) qui expliquait que même après 10 ans, c’était toujours la même sensation d’avoir 30.000 personnes qui criaient qui supportaient qui étaient là pour l’entrée des joueurs.” Et même avec deux 32es de finale déjà disputé avec Andrézieux face à Sedan en 2008 et les Minguettes en 2013, et à près de 40 ans, il n’en croit toujours pas ses yeux : “Se dire que ça va être nous… Je sais qu’il y a mon fils qui va m’accompagner normalement, donc c’est une émotion qui va être énorme. Je vois mon père qui a suivi toutes l’épopée stéphanoise à l’époque des ‘Poteaux Carrés’, Il va me voir rentrer avec son petit-fils, je pense qu’on va le perdre pendant un moment.”
Le rêve après le rêve ! L’impensable au carré ! Et des moments rares et inoubliables, déjà : “Quand je suis allé chercher mon pain, la boulangère m’a fait un gros câlin pour me féliciter donc ça m’a un peu fait bizarre”, révèle Anthony Antunes. “A chaque fois qu’on croise les gens ce n’est que remerciements et félicitations. Les commerces se mobilisent quand on va chercher notre pain, notre journal, on voit des écharpes, des ballons jaunes et rouges, des décorations jaunes et rouges dans les boutiques. Ca apporte énormément de fierté et de plaisir et de se dire qu’on a aussi – le mot une mission ça va peut-être un peu fort – mais qu’on se doit de représenter la ville correctement, de donner tout ce qu’on aura donné pour qu’à la fin les gens aient toujours ce même sentiment de fierté de nous.”
“C’est la première fois qu’on va jouer avec les supporters, autour de nous, à la place que nous occupons d’habitude”
Fouler la pelouse du Chaudron, c’est “Waouh”: “Il y a plein de joueurs qui sont là, qui vont être sur le terrain, que je coache depuis qu’ils ont six ans, donc de pouvoir vivre ça avec eux, c’est waouh, c’est juste waouh”, savoure encore et encore l’entraîneur adjoint tandis que son capitaine, un peu plus âgé, tente de relativiser, sans trop y arriver : “On a fait des tournois tout gamin, les trophées à la mi-temps, mais sinon. C’est quand même la première fois qu’on va jouer là avec les supporters, autour de nous, à la place que nous occupons d’habitude !”
Les dirigeants aussi savourent : “Ce qui est important, c’est que tout le monde vive des émotions”, explique Nicolas Laveille, le président. “Là, on se dit qu’avec tout l’environnement, tout ce qui est en train de se passer, en termes d’émotions, ça peut être x10, x100, je n’en sais rien par rapport à un match normal. Mais en tout cas, ça peut être génial.” Et de rajouter : “C’est beaucoup de travail de tous, beaucoup d’investissement. Et finalement, c’est une récompense pour eux, en premier lieu. Une effervescence, et une grande fierté. On sent une grande fierté et du plaisir.” Les joueurs étant les supporters de leurs adversaires, pas besoin de faire de la vidéo dans la préparation ? “Effectivement”, coupe Antunes. “Nous sommes suffisamment souvent au stade où on va regarder les matchs en direct.”
“Pas de regrets à avoir à la fin”
Et les proches, dans quel camp vont-ils être ? “Ils seront supporters de l’USEM, il n’y a pas photo”, lancent les membres du staff. “De se dire que notre famille ou les amis avec qui on va au stade d’habitude vont plus porter le maillot jaunet-rouge ou l’écharpe jaunet-rouge que le maillot vert ou l’écharpe verte de Saint-Étienne, ça fait un petit truc quand même et ça fait un peu sourire et puis ça rapporte un peu de fierté quand même, parce que nous sommes le petit poucet qui va se frotter au gros.”
Et les joueurs, supporters des Verts tous les autres samedis, et la plupart dans le Kop Nord ? “Cela ne changera pas grand-chose, ils vont vivre l’instant à 200%, et se montrer, rien lâcher, Il y en a d’autres qui vont peut-être être un peu pris par l’enjeu”, espère le capitaine Burnon qui répète déjà des mots clefs de sa causerie, celle qu’il fera au dernier moment, “dans le couloir avant de rentrer”, comme le dit la célèbre chanson de Monty.
“Nous sommes là pour faire du mieux possible, et, chacun fera ce qu’il pourra”, répète-t-il. “Je veux leur faire comprendre que ce n’est que du bonheur, qu’il faut positiver, qu’il faut avancer, aujourd’hui, un match comme ça : rêvez, faites-vous plaisir. Il n’y a pas de regrets à avoir à la fin. Kiffez, prenez l’instant présent et savourez, c’est du plaisir, et il faut que ça reste un rêve et que ça reste dans les têtes à jamais.” Et dans la tête des plus de 25.000 supporters présents, qui n’auront d’yeux, pour une fois, pour l’adversaire des Verts dans cette fête des voisins, historique et qui marque déjà depuis deux semaines, tout un territoire et ses joueurs, issus à 70% des deux entités, qu’ils soient “Ecotayens” ou “Moingtais”.



