“Je suis née libre et je mourrai libre” : Brigitte Bardot de retour au cinéma dans un documentaire aux accents de testament

Lors du dernier Festival de Cannes, les fans de BB ont bravé la pluie pour assister sur la plage à la projection de ce documentaire, sobrement intitulé Bardot. Malgré le temps qui passe, l’actrice reste une icône internationale et depuis la mort de son ami Alain Delon en 2024, l’un des derniers mythes du cinéma français.
Bardot est le premier long-métrage du cinéaste belge Alain Berliner, co-réalisé par Elora Thevenet, également productrice. Initialement pensé pour la télévision, ce film riche en archives, sort finalement en salles mercredi 3 décembre. Après une première hospitalisation en octobre à Toulon pour une intervention chirurgicale, Brigitte Bardot a été admise une nouvelle fois à la mi-novembre à l’hôpital Saint-Jean de Toulon, selon les informations de Var Matin et Ici Provence.
Dés le début du film, la voix de Brigitte Bardot annonce la couleur : “Ma vie a été plusieurs vies“. Une voix changée, altérée, mais parfaitement reconnaissable. “Il y a déjà eu beaucoup de documentaires sur Bardot, explique le producteur Nicolas Bary, l’initiateur du documentaire. Nous voulions nous différencier des autres grâce à sa participation. Nous voulions lui donner la parole à la veille de ses 90 ans et je dois dire qu’elle s’est prise au jeu !”
Retranchée dans sa propriété de Saint-Tropez, la star refuse depuis des années la plupart des interviews. “Ça l’ennuie, elle se sent agressée, envahie, confie Nicolas Bary. Pourtant, cette fois-ci, elle nous a répondu et c’est unique d’écouter celle qui avait décidé de garder le silence pour ne parler que de la cause animale.” Il précise qu’elle s’est exprimée “dans son habit de fermière, dans la simplicité d’une vie qu’elle rêvait dès l’enfance, au service de ceux qui n’ont pas de voix.” De rares images montrent la vieille dame de dos ou de profil, coiffée de son légendaire chignon et caressant d’une main affectueuse un chat, une chèvre ou encore un cheval.
Le premier mérite de ce documentaire est de redonner la parole, à l’hiver de sa vie, à l’icône de toute une génération. Sa voix de 2025 se mélange à celle de ses jeunes années. Elle se teinte de tristesse pour décrire l’isolement auquel son triomphe précoce l’a condamnée à perpétuité. “La gloire, c’est formidable et c’est invivable“, résume-t-elle dans une formule dont elle a le secret. Brigitte Bardot n’a rien oublié et analyse la façon dont la solitude a peu à peu gangrené son existence. “Je fais peur aux gens et les gens me font peur”, souffle-t-elle. “Ma vie ressemble à une grande prison.”
D’une voix désormais moins assurée, la star rappelle qu’elle vivait à une époque entourée de photographes et que c’était insupportable. “J’ai été traquée, j’ai été bafouée, j’ai été méprisée, très souvent trahie. En plus, je me suis fait insulter. C’est pour ça que je me préserve, je me méfie. Je fuis un peu tout ça.” Elle finit par avouer que maintenant, elle ne veut plus voir personne. “Plus ça va dans ma vie et plus j’ai peur de l’être humain. Je suis plus animale qu’humaine.”
Les réalisateurs ont préféré une approche thématique à un déroulé chronologique. Ils revisitent le fabuleux destin de Brigitte en s’arrêtant sur les temps forts, sans jamais s’appesantir. Les images d’archives et les propos de Brigitte Bardot sont entrecoupés d’interviews. De multiples intervenants (35 noms au générique) analysent tour à tour le “phénomène” Bardot. Parmi les plus connus, on trouve la top model Naomi Campbell, la styliste Stella McCartney, le réalisateur Claude Lelouch, la comédienne Frédérique Bel, le militant écologiste Paul Watson, le quatrième mari de BB, Bernard d’Ormale, ou encore Marc Brincourt, l’ancien patron du service photo de Paris-Match, partenaire de ce documentaire.
L’autre grand mérite du film est sa concision, son montage fluide. Hors champ, les réalisateurs disent avoir procédé à des choix drastiques. Ils réussissent le tour de force de retracer en seulement une heure et demie, la vie XXL de BB. Son enfance dans un milieu bourgeois, la dureté de ses parents, ses complexes, sa passion pour la danse classique, sa rencontre avec Roger Vadim, son triomphe dans Et Dieu créa la femme, sans oublier l’hystérie et la violence qu’elle suscite, le vent de modernité qu’elle fait souffler, son influence sur la mode et la libération des mœurs, ses multiples tentatives de suicide, ses avortements et ses combats acharnés pour la défense des animaux… “Je suis née libre et je mourrai libre”, résume-t-elle d’un ton irrévocable.
Que manque-t-il pour que ce film soit totalement réussi ? Peut-être l’audace d’une BB. Dans sa forme, Bardot semble un peu sage pour l’indomptable Brigitte. Tant de films et de séries lui ont déjà été consacrés que ce documentaire, bien fait mais classique, ne tranche guère. Le choix de multiplier à ce point le nombre d’intervenants interroge, d’autant qu’ils ne sont pas tous très pertinents. Le film est heureusement “twisté” par le travail graphique de Gilles Pointeau qui signe le motion-design et par la bande originale. Le groupe Madame Monsieur réinterprète de façon délicieuse les titres iconiques de Bardot la chanteuse, écrits par Serge Gainsbourg. Selah Sue donne aussi sa version de Harley Davidson.
On peut également reprocher à ce documentaire d’être trop hagiographique. Les deux réalisateurs semblent si fascinés par la comédienne qu’ils ne font qu’effleurer les sujets qui fâchent, en lui donnant facilement quitus. En 1996, Brigitte Bardot a par exemple dévoilé dans son autobiographie des détails particulièrement choquants sur la naissance de son fils Nicolas. “L’objet de mon malheur“, selon ses mots. Le jeune homme et son père, le comédien Jacques Charrier, l’ont même poursuivie en justice pour atteinte à la vie privée et diffamation. Dans le documentaire, BB explique : “J’ai pas élevé Nicolas parce que j’étais pas capable d’élever Nicolas (…) Je ne pouvais pas être cette racine puisque j’étais moi-même déracinée. (…) C’était beaucoup mieux que Jacques, son père, l’élève, étant donné que c’était un garçon.”
Interrogée sur ses déclarations outrancières et discriminatoires vis-à-vis des musulmans et de leurs pratiques cultuelles, la star minimise : “Je suis très impulsive, se défend-elle. Au lieu de dire certaines personnes maltraitent beaucoup les animaux, j’ai foutu tout le monde dans le même bain. Il a fallu que je revienne sur cette colère parce que j’avais un peu tort (…) Je demande pardon (…) Je ne veux pas être victime de la colère.” Des regrets exprimés du bout des lèvres et peu convaincants.
Les sujets politiques, les convictions, les prises de position parfois réactionnaires de Brigitte Bardot, ses propos racistes, son mariage avec un proche de Jean-Marie Le Pen, le fondateur du Front national, ne sont pas creusés. Réalisé avec le soutien de la Fondation Brigitte Bardot, le film défend la thèse selon laquelle “son combat politique se limite à celui des droits des animaux et de leur bien-être”. Sur ce point, des voix dissonantes auraient été les bienvenues.
La partie la plus intéressante du film concerne la deuxième vie de Brigitte Bardot après sa décision d’arrêter le cinéma, à l’âge de 39 ans. La reine sans couronne de Saint-Tropez rejoint alors son arche de Noé de La Madrague, où elle recueille toutes sortes d’animaux. “Cet amour, il est en moi, dit-elle. C’est la première et la plus belle histoire de toute ma vie.” La star raconte comment un jour, elle a bourré sa Rolls de chiens récupérés à la SPA. “Les animaux m’ont sauvé la vie, assure-t-elle. En me battant pour leur vie, j’ai sauvé la mienne.” Dans une phrase en forme de testament, elle précise : “Je m’en fous que l’on se souvienne de moi, ce que je voudrais surtout, c’est qu’on se souvienne du respect que l’on doit aux animaux.”
Le documentaire souligne son engagement précoce contre la souffrance animale, à commencer par son combat pour l’interdiction de la chasse des bébés phoques au Canada. “On m’a traitée de tout, se souvient-elle. J’en ai pris plein la gueule. C’est injuste, mais j’ai continué sans jamais avoir envie de lâcher.” En vendant aux enchères ses biens personnels, BB a créé une fondation reconnue d’utilité publique qui travaille aujourd’hui dans 70 pays. Elle a contribué à l’adoption d’une dizaine de lois protectrices envers les animaux listées dans le générique. “Cette fondation, c‘est la merveille de ma vie, la plus grande réussite de mon existence. C’est ma continuité.”
Le film démontre à quel point Brigitte Bardot s’est montrée visionnaire en pointant très tôt l’interdépendance des êtres vivants sur notre planète. “Ça n’a pas de sens de faire une séparation entre l’écologie et la cause animale, analyse le journaliste Hugo Clément, parce qu’elles sont intimement liées. Se battre pour les animaux, c’est se battre pour l’être humain.” Pour Paul Watson, l’un des fondateurs de Greenpeace, BB est passée “du statut d’icône de la sexualité et de la beauté à celui d‘icône de la gentillesse et de la compassion pour les animaux”. La star répond personnellement aux lettres de ceux qui aident sa fondation et soutiennent ses luttes, signant ses courriers d’une petite marguerite.
De belles images montrent Brigitte Bardot au soir de sa vie, admirant depuis sa maison le paysage et le coucher de soleil. “Je regarde souvent la nature, les feuilles des arbres, confie-t-elle. Le soir, je regarde les étoiles dans le ciel. Cette galaxie extraordinaire doit bien être là pour quelque chose.” Et elle ajoute : “Moi, j’aurais pas peur de la mort si on disparaissait. On devrait se dissoudre dans l’air.”
Affiche du film “Bardot”, présenté au Festival de Cannes 2025. (PATHE LIVE)
Genre : Documentaire
Durée : 1h32
Réalisation : Alain Berliner et Elora Thevenet
Auteurs : Elora Thevenet, Jessica Menendez, Alain Berliner, Nicolas Bary
Pays : France, Grande-Bretagne
Date de sortie : 3 décembre 2025
Distributeur : Pathé Live
Synopsis : Jamais vraiment dans une case, muse de cinéastes finissant par sacrifier tout à la cause animale, Brigitte Bardot est une femme libre, mais sans doute incomprise. Bardot revient sur les aspects si contradictoires de sa vie, de sa carrière artistique légendaire à sa célèbre fondation. Elle qui bouscula l’image des femmes et fut en avance sur la conscience écologique et le bien-être animal qui semblent, enfin, pour tous une évidence. Une réflexion croisée sur ce que signifie être une femme artiste, une femme libre et parfois en avance sur son temps.




